Les Rencontres d’Arles, avant on disait les RIP. Premiers émois journalistiques, premiers articles que je n’oserai relire aujourd’hui. C’était en 1989… Je gagnais enfin de l’argent, je mangeais autour de la piscine de l’Hôtel du Forum des salades qui me semblaient merveilleuses. Le soir on allait au concert de Carl Perkins (« Blue suede shoes » c’est, pardon c’était, lui), j’ai aussi le souvenir d’une jeune Bettina Rheims très désagréable en interview et dont je me demandais ce qu’elle pouvait bien voir sur ces négatifs noir et blanc derrière ses très foncées Wayfarer.
Depuis j’y suis retourné quelques fois surtout ces derniers temps. Et cette année aussi. Pour faire des interviews dont celle de Sam Stourdzé (le directeur), de Seamus Murphy photo reporter irlandais qui a travaillé avec PJ Harvey « non là désolé, pas d’interview possible ». Seule autorisation : pas plus de 40 secondes d’antennes de sa lecture dans le théâtre antique. Pas possible non plus de poser quelques questions à Don McCullin. Là étaient invoquées des raisons de fatigue et d’âge. Qu’importe j’avais un beau sujet… sans avoir vu beaucoup d’expos.
Du coup je suis revenu. J’ai été déçu par l’expo de Yann Morvan sur les champs de bataille pris à la chambre grand format. L’idée m’avait séduit d’emblée : revenir sur des sites de grandes batailles de Carthage à Sarajevo. Sans rien enlever au talent et au courage de Morvan les photos tiennent par le texte historique qui les accompagne et par des phrases de présentations d’expo comme « plus que la guerre il nous montre l’absence de la guerre et la vanité des hommes », ce genre de phrases passe-partout et exaspérantes.
L’expo qui m’a fait dire « enfin de la photo » est celle de Eamonn Doyle. Je ne connaissais pas ce photographe. Chacun de ses clichés raconte une histoire, suit un Ulysse, après tout nous sommes à Dublin. Des photos faites en bas de chez lui. C’est le résumé parfait de ce qu’est, ou devrait être, une photo. Des scènes légères (rares), graves (pour la plupart), des personnages enfermés dans leur quotidien, des plongées sur des vies écrasées de personnes âgées, des contre-plongées inquiétantes. C’est remarquable, profond, dense. Je ne voulais pas sortir de là.
L’installation de l’exposition dans un lieu assez restreint de l’espace Van Gogh participe de la même densité. Si vous n’aviez qu’une seule expo à voir à Arles la voici.
