Mais quel bonheur ! Ce film je le laissais dans un petit côté de ma mémoire cinéphilique. Comme une sorte de “truc à revoir parce que ça fait du bien pendant un petit coup de blues”. Il n’y avait pas de coup de blues mais un passage sur Arte alors, direction les interminables lignes droites enneigées du Minnesota. Je parle de “Fargo” des frères Cohen qui a tout à fait sa place dans la rubrique “Oldies“.
L’air de rien ce film a près de 30 ans (ça fait toujours un choc de se dire qu’on l’a vu en salle à sa sortie mais ça c’est une autre histoire). J’allais écrire un petit poncif du style “il n’a pas vieilli“… et bien si, il a vieilli dans le sens où cette Amérique de demeurés nous faisait alors bien rire. Aujourd’hui elle a un de ses représentants au pouvoir.

Quatre ans après “Millers crossing” et deux avant les aventures du Dude dans “The Big Lebowski” les frères Cohen creusent ici dans leur veine à la fois burlesque, violente et drôle. Ils le font grâce à une galerie de personnages travaillées au scalpel. Dans cette histoire d’enlèvement programmé qui tourne mal on a : le commanditaire et vendeur de voiture complètement dépassé par les événements ( William H. Macy) et la policière (Frances McDorman) enceinte de sept mois, les exécuteurs des salles besognes pas très affutés (Steve Bucemi et Peter Stormare) . Mais que dire de la galerie de second rôle ? Des prostitués pas très futées (la scène de leur interrogatoire par la policière est hilarante), des gardiens de parking pas plus dégourdis mais bien vite dessoudés … une mère de famille (la victime, perfect housewife) et des patrons sans vergogne. Dans cet aréopage on se demande bien ce que les gardiens de parking ont pu faire aux frères Cohen pour que ces derniers les expédient aussi illico ad patres.
On est dans un beau filon de films made in the 90’s. Ça dézingue comme chez Tarantino, les personnages répondent à une nouvelle écriture, à de nouvelles compositions. C’est vrai, avait-on vu une shérif très enceinte se révéler être une redoutable enquêtrice ? Non que ce fût impossible bien sûr, mais pourquoi pas ? Son aspect pré parturiente lui confère une réalité, une présence et une efficacité à la fois touchantes et redoutables (sans parler de la morale du film qui lui revient…).
Depuis lors, l’hémoglobine coule à flot, et les cervelles explosent plus qu’ils ne le faut dans les productions américaines sans parler des pales copies. Seulement voilà il y a de quoi bailler. Alors qu’un cadavre coupé en morceaux et passé à la broyeuse pour laisser une grande trace carmin dans la neige du Minnesota, ça, ça avait de la gueule !
Et bien peu sont passés à côté de ce film lors de sa sortie. Que ce soit en salles ou dans les festivals où le film a raflé de très nombreux et mérités prix.
Ph.Mt.
