El Reino : le royaume un peu facile du “tous pourris”

El_Reino

Deux heures onze minutes sans vaciller… que ce soit dans la salle ou sur l’écran. Il s’y connaît Rodrigo Sorogoyen pour tenir son monde en haleine. Non je n’ai pas vu le temps passer devant son dernier (et très primé aux Goya) film : El Reino. Un thriller qui percute les entrailles de la politique dans ce qu’elle a de plus pourri ses grands et ses petits arrangements avec les finances publiques et privées. On entre dans ce monde de la corruption par une toute petite porte, presque un trou de serrure où l’on voit tout sans ne rien comprendre hormis quelques bribes. On a juste à espérer que tout sera plus clair par la suite. Et c’est bien ce qui se passe alors que les choses s’accélèrent. 

La meilleure façon pour nous amener là est de suivre l’histoire du point de vue du personnage principal Manuel López-Vidal (remarquablement joué par Antonio de la Torre, déjà là dans Que Dios nos perdone). Il est le cadre idéal d’un parti qui n’aurait rien à envier au Partido Popular, une carrière politique prometteuse (d’ailleurs une partie du problème est là, dans la notion de « carrière politique » mais c’est un autre débat), et une présidence de parti qui lui tend les bras. Seulement voilà un grain de sable dans les rétro-commissions et le voici promu au rang très désagréable de fusible. Un rang qu’il se refuse à tenir. Et le pire dans tout ceci c’est qu’on finit par ressentir de l’empathie pour ce Manuel López Vidal qui a pourtant bien profité de la très belle gamelle. Du coup on se demande un peu quelle est l’intention de Sorogoyen… en tout cas on se pose la question jusqu’à la fin du film qui vient gâcher tout ça. 

(Attention spoiler) Après un plan séquence d’une dizaine de minutes (tellement bien fait qu’on ne le remarque pas !) on se retrouve dans la scène des révélations en direct sur un plateau de télé particulièrement improbable sur la forme. Pour ce qui est du fond il en ressort que c’est le royaume (ce qui aurait dû être le titre en français), le royaume donc du « tous pourris » dénoncé par les extrêmes qui ainsi laissent à penser qu’elles ne vivent pas dans ce paradigme… Et je trouve ça un peu court finalement. Le réalisateur avoue de claires références à des films comme Les hommes du présidentun film fondé et documenté sur l’affaire du Watergate. Là au moins c’était clair. Dans le cas de El Reino soit il est allé trop loin soit pas assez. Rodrigo Sorogoyen a reconnu en interview avoir voulu faire bouger les choses (avec il vrai le premier film qui en Espagne dénonce ce genre de pratiques). Pas sûr que les choses aient autant bougé que cela…

Ph.Mt


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