“Triangle of Sadness” nouveau dynamitage des conventions sociales par Ruben Östlund

“Triangle of Sadness” ça c’est un titre ! Ça claque autrement que le titre d’exploitation français “Sans filtre”. Revenons-en donc au titre original du film qui a valu la Palme d’or à son réalisateur Ruben Östlund. Et tant qu’on y est évacuons tout de suite la question cannoise puisque le réalisateur suédois a déjà raflé deux fois la récompense, on dirait que les frères Dardenne ont trouvé un challenger. 

Après son savoureux et noir et dérangeant “Snow Therapy”, Östlund avait présenté à Cannes “The Square” qui en dynamitant la parfois fausse bienveillance policée du monde de l’art contemporain remportait donc palme et reconnaissance internationale. C’est d’ailleurs juste après la palme, on était en 2017, que le réalisateur évoque son prochain projet donc le très actuel “Triangle of Sadness”. 

Pour le réalisateur ce triangle n’est autre que les rides qui se forment entre les sourcils. Et si l’on trouve cela disgracieux, qu’à cela ne tienne, la chirurgie esthétique est bien là pour y remédier. Après la famille, le monde de l’art contemporain voici que le réalisateur suédois s’attaque aux apparences. Et pas n’importe lesquelles celles des très riches. Et derrière ces apparences, il parle aussi de tous ceux qui les sauvent, qui permettent de les sauver, ceux qui s’activent dans les soutes et les ponts inférieurs de notre société. En tout cas de cette société de milliardaires. Et quoi de mieux qu’un magnifique yacht pour donner corps à, d’une part cette vacuité des apparences, et de l’autre ce luxe dont on ne pourrait profiter sans l’aide, et là il s’agit plutôt d’asservissement, de subalternes et autres serviteurs. 

Pour planter tout cela Östlund (qui est aussi l’auteur) suit un couple de modèles/influenceurs qui ont gagné une croisière sur ce yacht. Ils sont tous les deux très beaux et très préoccupés par cette beauté (Harris Dickinson et Charlbi Dean, laquelle devait disparaître peu après le tournage…). Ils croisent des passagers fortunés sur un yacht (pour info le Christina O.) lui même dirigé par un commandant (Woody Harrelson) qui se révèle être un véritable rouge. Sans grain de sable pas d’histoire évidemment, là il s’agit d’une tempête et d’un échouage sur une île pas si déserte finalement qui rebattent les cartes des conventions et des statuts sociaux. Changement des règles du jeu donc mais bien évidemment que jusqu’à un certain point, avant que les apparences reprennent leur place.  C’est bien ce qui sous-tend d’ailleurs tout le cinéma du réalisateur suédois. 

PhMt


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