
La révélation par le Sénat, dans le cadre d’une commission d’enquête lancée par le petit groupe CRCE à majorité communiste, de l’énorme inflation des recours à des cabinets de consultants a donné un bel exemple de communication de crise.
Pour tenter d’éteindre un incendie (à un milliard d’euros) la macronie a notamment envoyé comme pompiers deux ministres en conférence de presse : Amélie de Montchalin et Olivier Dussopt respectivement chargés de la Transformation et de la Fonction publiques, et des Comptes publics. Autant dire qu’ils n’étaient pour rien.
Il leur a fallu ramer devant l’énorme volume des dépenses (un milliard d’euros en 2021), le recours systématique au privé plutôt que les études menées en interne, l’emploi notamment d’un cabinet américain —j’ose imaginer que l’on ne lui a communiqué que des données non sensibles… mais non c’est de l’ironie—, le fait que ce cabinet, McKinsey, ait abusé de l’usage des prix de transferts entre maison mère et filiale pour ne pas avoir à payer d’impôt sur les sociétés…
La défense pourrait paraître difficile devant tous ces éléments absolument scandaleux. N’importe qui préfèrerait disparaître… sauf quand on pense avoir un avenir politique, c’est le cas de nos deux jeunes impétrants. On sent bien le briefing d’avant conférence de presse, les conseillers ministériels sur les dents autour de la question : que dire ?
Finalement on a opté pour du très classique : l’indignation et légitimité (au passage Poutine a fait pareil pour justifier son “intervention en Ukraine”).
On commence avec l’indignation donc et Amélie de Montchalin qui a dénoncé des “attaques de plus en plus fortes et grossières”. “C’est l’État qui est attaqué et remis en cause, les procès en incompétence sont une insulte pour les agents publics”. Son collègue en a rajouté avec des : “récupérations politiques” et des “manipulations grossières”. Et d’évoquer des “amplifications” et “déformations” qui, selon lui, “sont autant de poison pour la démocratie”.
Vient ensuite la légitimité. Dussopt : “nous avons toujours respecté les règles en particulier dans l’attribution des marchés publics”, encore heureux…
Quant à elle, Montchalin qui n’a peur de rien précise : “Jamais les décisions ne sont prises par les consultants. Les décisions, dans notre pays, sont prises par des hommes et des femmes politiques légitimes, qui sont légitimes et responsables, devant le Parlement, devant les Français.”
D’un côté nous sommes heureux de l’apprendre, d’un autre c’est bien ce qui est reproché : prendre des décisions sur la base de recommandations de cabinets privés.
Autre argument de défense, là aussi très classique en terme de communication de crise : aller au delà de l’attaque. C’est très simple il suffit de mettre en place une commission ou de dédier une circulaire qui se penche sur cette question et qui renforce les règles déontologiques applicables aux cabinets de conseil.
Vous trouvez tout cela grotesque ? Vous avez raison sauf que… ça marche. A moins d’une semaine du premier tour des présidentielles déjà plus personne n’en parle, ou presque…
Ph.Mt.
