Les voleuses et les voleurs

Gros télescopage en ce moment sur Netflix avec deux productions qui font parties des plus vues par les abonnés français de la plateforme. 

A ma gauche “Les voleuses” film réalisé par Mélanie Laurent avec Adèle Exarchopoulos, Mélanie Laurent, Manon Bresch et Isabelle Adjani. Synopsis directement tiré du dossier de presse : “Carole et Alex sont deux voleuses de génie, et meilleures amies depuis toujours. Sous la coupe de Marraine depuis des années, elles rêvent d’être libres. Avec l’aide de Sam, une championne de moto, elles se lancent dans une ultime aventure pour s’affranchir de cette vie de cavale.” 

Là on a du girl power de dingue, sauf que, faut quand même pas déconner, c’est aussi de la prod française. Dun coup c’est la crédibilité qui en prend un coup (répétition… mais je n’ai pas mieux). La crédibilité ce n’est pas de faire en sorte que tout soit crédible mais que le spectateur accepte, reconnaisse et valide ce qui en temps normal ne le serait pas du tout. 

Il y a quand même des efforts de faits dans ce film notamment sur une “course-poursuite-et-évasion-en-wingsuit-qui-finit-en-mer” où on se dit bon ça va peut-être le faire. Mais ces efforts sont vite réduits à néant avec quelques scènes où le ridicule frise avec le ridicule (oui je suis en mode répétition). 

On voit l’écriture du scénar (et les multiples retouches) pour “faire genre” comme les rencontres secrètes dans un cinéma pour dire au passage qu’on aime bien le cinéma à la papa signé Henri Decoin, sans parler des multiples effets de dialogues censés faire “les meufs trop sûres d’elles mais en même temps un peu fragiles tu vois”. Et puis il y a la scène où il faut buter des gros méchants albanais avachis à la terrasse d’un café et donc la killeuse est installée avec son flingue d’élite dans le clocher du village qui surplombe la scène et les deux autres filles viennent les hypnotiser en dansant une sorte de flamenco que même dans un all-inclusive de la Costa Del Sol pour touristes britanniques rosis par le soleil du mois d’août tu n’oses pas présenter. Surtout que sans la pseudo danse des filles, la tireuse d’élite, à 80 mètres de distance, aurait pu les dessouder sans problème avec son HK 417 chambré en 7,62mm. Voilà pour la fiction. 

“Ne le trouvez-vous pas un peu juif ?

A ma droite : la réalité. Bien plus fascinante. C’est souvent le cas d’ailleurs. Là elle a pris la forme d’un documentaire en trois volets. Cette série est là plus regardée sur la plateforme dans le rayon des documentaires. Il s’agit de “L’affaire Bettencourt : Scandale chez la femme la plus riche du monde”. Petit synopsis rapide pour ceux qui ont manqué les épisodes précédents. Liliane (1922 – 2017) était la fille unique et héritière de Eugène Schuller fondateur de l’Oréal (mais pas que). En 2016 elle était selon certaines estimations la femme plus fortunée du monde et la 11e personne la plus riche avec plus de 36 milliards de dollars. Il faut dire que son mari, André Bettencourt (1919 – 2007) qui dirigeait l’Oréal a fait fructifier tout cela. Intéressant au passage cet André. 

Homme d’affaires donc mais aussi homme politique jusqu’à être ministre sous de Gaulle et Pompidou. Et puis une révélation en 1994, sur ces écrits de jeunesse très maréchalistes et antisémites pendant l’occupation (quelle époque !) a quelque peu terni la fin de sa vie. André avait aussi une autre particularité pudiquement abordé dans le doc qui fait parler des témoins : “Il n’avait pas pour les femmes une attirance exagérée, c’était un homme et un mari distant” ou encore “Il ne s’intéressait pas aux femmes… c’était un mariage assez particulier”.

Bref  Liliane s’emmerde ferme dans son grand hôtel particulier sans âme de Neuilly. Et voilà que Arielle Dombasle, une amie, lui présente un photographe “formidaaable, plein de spontanéité”… Un certain François-Marie Banier, photographe, gay, flamboyant, (vous mettez ça dans l’ordre que vous voulez) dont la spontanéité l’amène à vite comprendre où comprend vite où il est tombé. Il la fait rire et se fait largement récompenser pour ses efforts. La rigolade sera estimée à près de un milliard d’euros. 

Et puis dans cette ambiance de fin de règne et de discernement altéré c’est aussi le défilé des hommes politiques (et des affaires afférentes) comme l’affaire Woerth-Bettencourt avec des soupçons de financement illégal de la campagne présidentielles de Sarkozy. Bon ça s’est bien terminé avec un non-lieu pour Sarko et une relaxe pour Eric Woerth… 

Tout ceci avait pris une tournure rocambolesque quand le majordome, écoeuré de voir la valse de ce bal des profiteurs s’était mis à enregistrer tout ce petit monde à son insu. Si on rajoute à cela la propre fille de Liliane qui trouvait elle aussi que c’était beaucoup trop , l’affaire, et les enregistrements, se retrouvent dans la presse et au tribunal. 

Le doc est assez bien fait puisqu’il mixe le son des vrais enregistrements avec des scènes reconstituées prises en plongée verticale. 

Morceaux choisis :

  • quand son gestionnaire de fortune lui dit qu’il a croisé ses petits enfants, question de Liliane “Vous ne lui trouvez pas trop le type juif ?” Et oui sa fille Françoise a épousé Jean-Pierre Meyers, petit fils de rabbin assassiné à Auschwitz.
  • On apprécie aussi la franchise de son avocat Georges Kiejman ancien ami et trois fois ministre de Mitterrand, à la question : “et vous vous souvenez de vos honoraires ?” Réponse “Absolument, 200 000 euros… par trimestre ce qui représente tous frais confondus et avant impôts 60 000 euros par mois, et une fois que vous avez enlevé les impôts et vos frais généraux… pfff… ce n’est pas un honoraire diabolique”

Les anecdotes donnent un contexte, les détails (diaboliques) nous font plonger en immersion totale dans ce monde des ultras riches où l’argent à une valeur qui échappe au commun des contribuables.

Entre fiction et réalité, sur ce coup, vous savez donc ce que je vous conseille mais souvenez-vous, rien ne vaut votre propre expérience !

Ph.Mt.


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