Vous savez ce que c’est, on rate le film à sa sortie, et puis on le rate encore et quand il faut le voir et bien il n’est plus à l’affiche ou alors à des heures incompatibles… du coup VOD. Et voici le mal réparé.
J’ai donc vu “Emilia Pérez”. Le film de Jacques Audiard fait une belle carrière depuis sa première à Cannes où tout son casting féminin a été primé au titre de meilleures actrices féminines : Karla Sofia Gascon, Zoe Saldaña, Selena Gomez et Adriana Paz. Seule l’actrice transgenre de 52 ans Karla Sofía Gascón était montée sur scène pour recevoir le prix. Le film avait aussi remporté le Prix du Jury qui généralement sanctionne une démarche originale. Et de fait le film sort de l’ordinaire.
Tout d’abord l’histoire : “Surqualifiée et surexploitée, Rita (Zoé Saldaña) use de ses talents d’avocate au service d’un gros cabinet plus enclin à blanchir des criminels qu’à servir la justice. Mais une porte de sortie inespérée s’ouvre à elle, aider le chef de cartel Manitas (Karla Sofía Gascón) à se retirer des affaires et réaliser le plan qu’il peaufine en secret depuis des années : devenir enfin la femme qu’il a toujours rêvé d’être.” Et peut-être convient-il de rajouter que l’action se déroule au Mexique et que d’autres thèmes sont abordés comme les disparitions de personnes, les enlèvements…
Au delà de cette transformation de genre d’un personnage que l’on imagine plus que viril, le parti pris a été de faire un film qui voulait traverser les genres (noir, mélodrame, comédie de moeurs, comédie musicale, telenovela). C’est en tout cas ce qu’a défendu le réalisateur qui a puisé l’idée dans un roman de Boris Razon “Écoute”.
Les oreilles rebattues par le fait que le film était une “comédie musicale”, j’étais assez curieux de voir le résultat. Et en fait, il s’agit plus de théâtre filmé, d’opéra filmé. C’est un peu déstabilisant, on voit parfois un peu les “coutures”, soit le studio où le film a été en grande partie filmé et finalement on rentre dans le jeu. Même si parfois c’est très “joué” comme cette chorégraphie autour de fusils d’assaut calibre 5,56… Les narco trafiquants ne s’embarrassent pas de détails.
“Pas pensé pour le public mexicain”
Après, il y a la question de genre qui voudrait que Manitas, le chef de cartel mexicain, oublie toute violence en devenant femme. Cela a été assez commenté comme tel mais le naturel humain, finalement au delà de ce genre si “interprété” revient sur le devant de la scène (assez violente d’ailleurs) quand il s’agit de faire en sorte que les choses aillent comme on le voudrait. En clair, femme ou pas, le personnage est violent.
Et au fait les Mexicains ils en pensent quoi ? Le film va sortir là-bas dans quelques jours, le 23 janvier, mais déjà on peut lire dans la presse locale (et notamment Vogue México y Latinoamérica) que Emília Pérez “n’a pas été pensé pour le public mexicain” et qu’il y a eu une polémique sur l’accent un peu trop nord-américain de Selena Gomez (le film a été tourné en espagnol). Rien de très grave.
Pas de quoi gêner en tout cas sa course aux prix. Il y a donc eu Cannes mais aussi les Golden Globes avec quatre récompenses sur 10 nominations soit Meilleur film étranger, meilleure comédie musicale, Meilleure chanson et Meilleur second rôle féminin. Et début mars on verra ce que les Oscars diront. Pour l’instant on est aux nominations dont les votes ont été prolongés jusqu’au 14 janvier pour cause d’incendies à Los Angeles. Sachant que les Golden Globes préfigurent des résultats des Oscars on peut supposer qu’on n’a pas fini d’entendre parler de “Emilia Pérez”.
Ph.Mt.





