Quatre épisodes pour rentrer au plus près dans la réalité d’un fait divers dramatique. Le tout servi par une prouesse technique qui s’efface et qui révèle l’intime de l’indicible. “Adolescence” à voir de toute urgence

La série britannique s’appelle “Adolescence” (titre original comme titre français), une série Netflix. L’intrigue est simple et dramatique. Un garçon de 13 ans est arrêté au petit matin par des policiers suréquipés. Motif de l’arrestation : l’assassinat d’une ado. Surprise de la famille, gamin en pleurs embarqué, lecture des droits par un couple de policiers humains et professionnels, premiers instants de garde à vue narrés en détail, procédure pénale suivie à la lettre.
On est tellement pris d’emblée dans le narratif et la justesse du propos que l’on ne remarque pas immédiatement qu’il s’agit de plans séquences. On est bien d’accord, il n’y a rien de pire que de remarquer les coutures d’un film… mais là, quelle prouesse ! La caméra est tellement fluide que, je l’avoue, j’ai fait quelques retour en arrière pour comprendre comment ils ont fait (sans avoir la réponse). La maitrise du rythme est parfaite. Pas d’instants de “remplissage”, les “longueurs” sont décortiquées autour de chaque soupir, regard, pleur, silence, geste.
Observation clinique
Une série courte, quatre épisodes qui se concentrent, qui détaillent, les différents protagonistes en fonction de leur rôle. Il y a le petit Jamie, une tête trop grande pour son corps qui n’a pas encore grandi, ses parents dont Eddie (interprété par Stephen Graham, par ailleurs co-auteur, qui s’était fait connaître dans le personnage de Tommy dans “Snatch”, il y a d’ailleurs un certain Brad Pitt parmi les nombreux producteurs délégués), les enquêteurs, les policiers du poste, les professeurs (dépassés), la psy, les autres ados…
La nécessité de savoir ce qui s’est passé entre ces gamins autour de Jamie qui ne cesse de clamer son innocence laisse peu à peu la place au partage, à la découverte, à l’observation clinique de cet extraordinaire quotidien (celui d’un assassinat d’enfant) dans une très ordinaire “banlieue-petite ville” britannique où tout ce qui se passe (en temps normal), est si convenu et attendu.
Rien n’est “joué”
Il y a eu une période où j’ai souvent tenu une chronique judiciaire. Et j’ai retrouvé là des aspects de certaines affaires. Quand on découvre ce qui n’est jamais montré, comme la famille des auteurs des faits (supposés ou non). Avec cette question qui ne manque pas d’arriver : quelle est la responsabilité des parents ? de la société ? de l’école ? On découvre que rien n’est blanc ou noir. Contrairement à ce que je peux lire dans les nombreux commentaires qui suivent les affaires judiciaires qui défraient les chroniques. Commentaires aussi nombreux que les personnes qui ne sont jamais allées suivre, du début à la fin, un procès. Et ce n’est qu’un procès qui obéit aussi à une procédure orchestrée, voire, mise en scène.
Dans “Adolescence” cette mise en scène est absolument remarquable, c’est du cinéma vérité porté par des acteurs ou rien ne sonne faux ou “joué”. A peine entamé le générique de fin que j’avais envie de revoir cette série pour en savourer la justesse, les détails, ces “coutures” qu’on ne veut pas voir ailleurs. Et si vous avez compris la prouesse technique du 4e épisode, n’hésitez pas à le dire dans les commentaires.
Ph.Mt.
