Epstein : les derniers jours de Trump ?

Donald Trump sera-t-il puni par là où il a péché ? D’autant plus que le péché est ici double ! Le premier consiste en ces accointances avec Jeffrey Epstein, prédateur sexuel mort en détention avant son procès (2019). Le second péché c’est l’insistance avec laquelle, pendant la campagne des présidentielles, il a martelé sa volonté d’enfin révéler les dossiers Epstein. Il allait ainsi à la rencontre de sa base électorale dont une partie, largement complotiste nourrit une haine contre les élites, Washington et l’Etat profond Leur candidat, qui fait tout pour leur ressembler veut alors “révéler la vérité” sur les élites américaines (forcément démocrates) américaines. Mais ça, c’était avant. Décryptages et explications.

Nous allons commencer par le dernier épisode en date. Il y en aura d’autres. Le 18 novembre dernier, une proposition bipartisane visant à contraindre le gouvernement américain à publier les documents du dossier Epstein est votée par le Congrès américain. Le bipartisme (quelque chose assez difficile à comprendre ici en France– est un système dans lequel deux partis majoritaires peuvent s’entendre sur certains dossiers, entre stabilité politique et polarisation extrême.

Des élus démocrates et républicains, notamment Ro Khanna ( député démocrate de Californie) et Thomas Massie (député républicain du Kentucky), ont porté une proposition de loi visant à forcer le ministère de la Justice à publier l’intégralité des documents non classifiés liés à Jeffrey Epstein, à sa complice Ghislaine Maxwell, et à toutes les personnes impliquées dans les procédures judiciaires. Ce texte a été adopté par 427 voix contre 1 à la Chambre des représentants, puis à l’unanimité au Sénat.

La pression était devenue trop forte. Entre celles des victimes d’Epstein qui ont témoigné publiquement en marge du vote devant le capitole et celles du propre camp républicain de Trump. Ce dernier a donc fait volte face. Après avoir été pour (avant élections), contre (après les élections), il se voit contraint d’approuver la révélation des documents en promulguant la loi, le 19 novembre.

La loi adoptée oblige désormais le ministère de la Justice à publier les documents dans un délai de 30 jours, sous peine de devoir justifier toute rétention ou caviardage. Le texte prévoit cependant des exceptions pour protéger l’intimité des victimes ou en cas d’enquêtes en cours.

Au passage, alors qu’on pensait la démocratie américaine en mauvaise posture (et elle est encore fragile) on voit ici que l’équilibre des pouvoirs, les “checks and balances”, ont bien fonctionné, dans le cadre de l’article 1 de la constitution qui confère au Congrès le pouvoir législatif exclusif . Dans le cas du dossier Epstein, le Congrès a adopté une loi obligeant le ministère de la Justice à publier les documents, ce qui crée une obligation légale pour l’administration de s’exécuter.

La situation devient difficile pour le 49e président des Etats-Unis d’Amérique. Et il a lui même créé ce contexte. Une des raisons pour lesquelles il a été élu (deux fois faut-il le rappeler) c’est qu’il a incarné, pour sa base, l’anti-establishement fédéraliste, démocrate, concentré dans la capitale américaine, éloigné des préoccupations des “vrais” américains qui veulent que l’Amérique, à nouveau, soit “grande”, et peu importe quelle définition on donne de ce “MAGA”… Pour cela il a martelé le fait qu’il allait révéler tous les dossiers : assassinat Kennedy, assasinat Martin Luther King, Epstein… Forcément, tout ceci n’était que coups montés (comprendre par les démocrates) !

Cette politique a survécu à son élection. En février dernier, Pam Biondi, procureur général ce qui aux USA est l’équivalent de ministre de la Justice, révélait, de façon formelle, une première série de 200 documents, demandant au FBI qu’il publie aussi les milliers de pages restantes du dossier. Elle a, en bon petit soldat de Trump dont elle fut l’avocate, changé d’avis et trainé des pieds, à l’instar de Kash Patel, directeur du FBI qui sont tous deux passés sur le grill d’une commission parlementaire.

Trump avait lui aussi complètement viré de bord en demandant, quitte à les insulter, aux journalistes de ne plus s’intéresser à cette “vieille histoire qui concernait un minable“. De toute façon (toujours pour l

Reste la question que beaucoup se posent : Trump peut-il tomber ? Verra-t-il l’inauguration de sa grande salle de bal à la place de l’Aile Est de la Maison Blanche ? Ce revirement du président suit une pression de son propre camp républicain. Dans moins d’un an maintenant, les Américains se retrouveront devant les urnes pour les élections de mi-mandat qui voit le renouvellement de la totalité de la Chambre des représentants et d’une partie du Sénat. Sachant que l’Amérique est fascinée par cette affaire Epstein…

Est-ce pour autant le début de la fin pour Trump ? L’homme a des ressources qui vont au delà de l’entendement. Il essaye actuellement de retourner la situation en accusant les démocrates. Pour lui cette affaire Epstein n’est qu’un “canular des démocrates”. La logique derrière tout ça ? Etre omniprésent, faire un show dont peu importe le script. Ceci dit la suite va être très intéressante, et peut-être dangereuse. Si même toute une classe d’Américains (il y en a aussi par ici) ne peuvent même plus s’incarner, se projeter, se comprendre, dans un dirigeant, la défiance pour un personnel politique sera totale.

Ph.Mt.


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