“A House of Dynamite” : notre maison explose

L’opus de Kathryn Bigelow était attendu. Il est sorti sur Netflix où il cartonne. Une narration croisée avec plusieurs points de vue et des personnages que l’on retrouve d’une narration à une autre. Bienvenue dans le monde de la défense, et de l’attaque, nucléaire. Quand l’apocalypse frappe à la porte d’une maison qui n’en demandait pas tant

“A House of Dynamite”, sorti sur Netflix, le film de Kathryn Bigelow qui fait parler et qui divise ! L’histoire : un missile balistique intercontinental parti d’un sous-marin quelque part dans le Pacifique (les satellites ont manqué son départ…) se dirige tout droit vers les USA pour finalement menacer la ville de Chicago et ses 10 millions d’habitants. 

Oui, cette histoire a comme un air de “déjà-vu” comme on dit aux Etats-Unis, sauf que le traitement est ici assez rare. Il s’agit d’un temps réel. Entre la détection et l’impact il ne s’écoule qu’une trentaine de minutes. Un suspense que Kathryn Bigelow étire sur trois fois cette durée, en adoptant trois points de vue distincts.

Le premier est celui des soldats et officiers subalternes qui commandent la batterie chargée d’intercepter l’ICBM1 avec deux missiles partis d’un coin reculé d’Alaska, dans ce chapitre on plonge aussi dans les arcanes de la Situation Room, la salle de crise de la Maison Blanche. 

Le deuxième s’attarde à détailler les centres de commandements de l’armée américaine. 

Le troisième suit le POTUS, le président des Etats-Unis, interprété par un Idris Elba, parfait dans le rôle d’un chef d’Etat charismatique et intelligent (comme le dit un des membres du Secret service qui assure sa sécurité : “j’ai servi sous trois présidents, lui au moins il lit un journal”) mais aussi bien seul et perdu. 

Tout ceci est noyé dans ce que l’on appelle le “brouillard de la guerre” (sauf qu’en temps normal ceux qui se perdent dans ce brouillard ce sont les observateurs et autres journalistes, sans parler des commentateurs avisés et autres généraux en retraite qui discourent sur les chaînes d’information en continu). Déjà on voit de ci, de là, experts et spécialistes, souvent autoproclamés, discourir sur la réelle capacité des Etats-Unis à se défendre face à pareille menace.

Kathryn Bigelow n’est pas une nouvelle venue sur le terrain des acteurs de la défense avec des films comme “Les démineurs” ou encore “Zero Dark Thirty”. Aurait-elle pris des libertés avec la réalité ? Dans ce domaine, la transparence n’est pas la règle. J’entends aussi les critiques sur le pathos made un USA avec ces responsables informés qui cherchent impérativement à joindre leurs familles menacées ou son parti pris pour une fin dont je ne vous dirai rien…

Le propos de la réalisatrice tient dans le titre de son film. Cette maison que nous avons construite, que nous avons remplie de dynamite et dans laquelle nous vivons. 

Depuis ses deux utilisations sur le Japon en 1945, l’arme nucléaire sert surtout quand on ne l’utilise pas. Il n’empêche, on compte, a priori, près de 12 000 têtes nucléaires dans le monde dont plus de 10 500 partagées entre les Etats-Unis et la Russie. Les autres pays dotés sont la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Inde, le Pakistan, Israel (qui ne l’a jamais reconnu) et la Corée du Nord… 

Pas de quoi non plus nous rassurer sur l’avenir de la planète. Cette maison qui pourrait tout à fait, faire autre chose, que brûler. 

Ph.Mt. 

  1. Un missile balistique intercontinental (en anglais : Intercontinental ballistic missile ou ICBM) est un missile balistique d’une portée supérieure ou égale à 5 500 km (par convention de traités). ↩︎

One thought on ““A House of Dynamite” : notre maison explose

  1. Effrayant, je le concède. Le film de Bigelow a au moins l’avantage de réveiller nos consciences endormies sur cette possible extinction qui nous guette.

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