L’armée américaine a renversé Nicolas Maduro. Rien de très surprenant finalement. Retour sur les doctrines interventionnistes des Etats-Unis d’Amérique dans leur arrière-cour. Des doctrines qui ont encore de beaux jours devant elle quand on constate la faiblesse de l’Europe et de certains de ses dirigeants…

La photo est saisissante. On y voit le président vénézuelien Nicolas Maduro menotté, casque anti-bruit sur les oreilles, yeux masqués. Et c’est Donal Trump qui s’est réservé la primeur de sa diffusion sur son réseau social “Truthsocial”.
Depuis août-septembre et les attaques sur des bateaux rapides censés transporter de la drogue, le ton des USA n’a cessé de monter contre le Vénézuela : déploiement d’une force maritime et de groupes navals, arraisonnements de pétroliers fantômes, bombardements de quais de chargement… Le tout pour finir par des bombardements de la capitale mais aussi sur les Etats de Miranda, Dragua et de la Guaira et par l’enlèvement et de fait le renversement de Nicolas Maduro.
Cela fait beaucoup pour un président qui se glorifie d’avoir conclu un certain nombre de paix dans le monde. On ne va pas chercher là, la moindre logique. On la trouvera en revanche dans la poursuite de la Doctrine Monroe qui vient de célébrer son bicentenaire (on ne s’occupe pas des autres —les Européens— mais on ne laisse pas venir les autres —toujours les Européens— régler les questions de l’Amérique —tout le continent, nord et sud compris— ça c’est pour nous, les USA). Doctrine renforcée plus tard par une autre, celle du “Big Stick” initiée par le 26e président des Etats-Unis en 1901 Théodore Roosevelt, un président que Trump vénère. Pour la petite histoire, la “diplomatie” du Big Stick a été appliquée pour la première fois en 1902 au… Vénézuela pour faire lever un blocus exercé par les Anglais et les Allemands sur le pays…

Plus d’un siècle plus tard l’exécutif américain ne s’est pas embarrassé avec les détails constitutionnels pour développer sa politique. La doctrine Monroe n’a jamais été votée par qui que ce soit (et ne parlons pas de la diplomatie à coup de gros bâton). Et Trump n’a même pas pris la peine de se rapprocher du Congrès pour demander son aval pour lancer des opérations militaires contre le Vénézuela…
Mais qui y-a-t’il d’étonnant finalement ? Donald Trump agit comme un président américain qui se recentre sur son “coeur de cible”, c’est à dire l’Amérique. Il est brutal, inculte, orgueilleux à l’extrême, Obama avait d’autres manières certes, mais l’hégémonie des Etats-Unis primait sur tout le reste. La façon d’agir est violente. L’armée US ne semble pas avoir tergiversé quant aux ordres reçus. Trump a fait du Trump : “on fonce dans le tas”. Après tout c’est ce qui l’a fait élire. Il ne faut pas chercher d’autre logique. Peu importe les contradictions, les outrances et les stupidités. Maduro qui rappelons-le si besoin est tout sauf un démocrate en a fait les frais. Et la “pax americana” s’installe au Vénézuela.
Les spectres à venir
Et maintenant ? Bonne question. Devant la facilité de l’opération de l’enlèvement de Nicolas Maduro, les hautes instances vénézuéliennes ont été facilement achetées. Et dans un premier temps au moins le narratif américain se déroulera comme (plus ou moins) prévu. On verra bien par la suite si Caracas va ressembler à Bagdad. Le spectre d’une guerre civile est toujours possible avec une armée forte de près de 130 000 hommes, des groupes armés largement financés par les trafics de stupéfiants et des groupuscules qui n’entendent pas abandonner les prérogatives dont ils jouissaient sous Maduro. Sans parler, d’un point de vue géopolitique, des bonnes relations entretenues par le Venezuela de Maduro avec Cuba et la Russie..
Au moment de terminer cet article je tombe sur la réaction d’Emmanuel Macron sur X (plutôt que sur le site de l’Elysée d’ailleurs où en revanche on a le communiqué suite au décès d’Evelyne Leclerq) : Vous trouverez le texte ci-dessous. Pas un mot sur le modus operandi américain… La “big stick diplomacy” a encore de beaux jours devant elle !
Ph.Mt.
