
On y a cru ! Finis les miels « UE et non UE », terminée la grande nébuleuse du grand brassage de miels à partir du 1er septembre 2019, la loi Egalim, votée par les parlementaires en octobre dernier avait été claire dans son article 43 : « à partir du 1er septembre 2019 « pour le miel composé d’un mélange de miels en provenance de plus d’un État membre de l’Union européenne ou d’un pays tiers, tous les pays d’origine de la récolte sont indiqués en toutes lettres sur l’étiquette par ordre décroissant d’importance de la part prise dans la composition du miel. » Cette loi a pour objet « l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous » un élément important pour la suite de l’histoire.

Seulement voilà les sénateurs de deux groupes politiques ont saisi le Conseil constitutionnel pour dénoncer des dispositions qui n’avaient rien à faire dans cette loi comme… l’étiquetage du miel. Dans l’absolu cette possibilité de saisir le Conseil est une bonne chose puisque ce processus permet de lutter contre des dispositions législatives qui passent sans éveiller l’attention de ceux qui pourraient s’y opposer. C’est ce que l’on appelle un cavalier législatif. Mais là vraiment il y a de quoi s’étonner. Du coup le Conseil constitutionnel a retoqué un quart des articles au motif qu’ils sortaient du cadre du projet de loi adopté par les parlementaires le 2 octobre.
Revenons au miel. Donc on continue comme avant avec le bel étiquetage « mélange de miels originaires et non originaires de l’UE ». Est-ce que ce miel vient de Chine, d’Argentine… nul ne le sait.
Certains sénateurs ont ils été pris de remords ? En avril dernier à l’instigation de nombreux élus d’un groupe, ils adoptent en première lecture une proposition de loi qui reprend, entre autre, intégralement l’article 43. Objectif : mise en place le 1er septembre 2020.
La proposition de loi est maintenant sur les bureaux de l’Assemblée nationale et… on attend.
Les apiculteurs viennent de de lancer une pétition « pour mettre fin à l’opacité ». En clair ils demandent (sans pourtant le mentionner) le retour du fameux article 43. C’est une telle évidence que l’on se demande pourquoi on est toujours à demander cette transparence. Comme si tout était fait pour que le miel ait beaucoup de choses à cacher. Avec des récoltes en très net recul, des colonies d’abeilles dont le taux de mortalité atteint les 30% et des importations qui s’élèvent parfois à 80% du miel consommé en France il est plus que temps d’informer correctement des consommateurs avides de clarté et pourtant maintenus dans une pénombre douteuse.
Ph.Mt.
