Ou comment le JT de la mi-journée de TF1 fabrique de l’empathie à bon compte. C’est très professionnel et finalement, très méprisant

Je vous avais dit (voir le précédent article l’emballement médiatique et les nécrologies… j’aime beaucoup ces renvois vers d’autres articles ça fait très sérieux) que j’attendais avec impatience l’édition de 13.00 de TF1 présenté par Marie-Sophie Lacarrau. Et je n’ai pas été déçu. Je vous propose de voir ici comment on rend une information encore plus importante qu’elle ne l’est vraiment. Petit préambule, Belmondo était un grand acteur, ce qui au cinéma s’est surtout vu au début de sa carrière, pour le reste je vous invite à revoir la mort de son personnage dans Le Professionnel à la toute fin du film (je sais, méga spoiler d’un film que tout le monde a vu) c’est vraiment très mauvais. Et je reconnais sans difficulté qu’il était impossible de ne pas évoquer sa disparition au JT. Je m’étais “contenté” de regarder T1 et France 2 la veille (voir toujours le précédent article) pour constater toute absence de raison à l’heure de la hiérarchisation de l’information, hiérarchisation qui est une composante essentielle du métier de journaliste. Et je me doutais que Marie-Sophie allait tomber dans ce panneau créé il faut le dire par l’ensemble de la profession. Et elle a eu la main lourde.
Tout commence par une petite robe noire pour marquer le deuil. Et d’appeler au secours toutes ses habitudes de “présentatrice qui s’adresse à des adultes sauf qu’elle les considère comme des deuxième-section de maternelle”. C’est assez simple en fait, le débit est lent, les yeux très expressifs, les sourcils d’une grande mobilité, ses grandes et bruyantes inspirations qui viennent marquer le fait que ce qu’elle dit est très important (tellement important qu’elle en oublie de respirer) et cette inclination de tête sur son côté gauche qui marque une totale empathie avec son sujet…
Vient ensuite ce que j’appelle le grand cercle vicieux. Il est au coeur de tout emballement. Un emballement c’est ça : “On ne vous parle plus que de ce sujet parce que vous voulez qu’on vous parle de ce sujet parce qu’on en parle tellement que vous vous dites que c’est très important alors il faut qu’on vous en parle.”
Et comment on fait ça ? C’est très simple, le 13.00 de TF1 est un JT qui vous parle de… vous ou plutôt de l’idée qu’on se fait de vous à la direction de TF1 et ce n’est pas le décès de ce “monstre sacré” qui va changer quoi que ce soit : petit florilège puisé dans les commentaires des journalistes :
- c’était le sujet de conversation ce matin un peu partout
- Jean-Paul Belmondo est dans toutes les têtes
- Tout le monde en parle
- L’acteur était cher dans leur coeur
- Impossible de ne pas se remémorer…
- Les Français n’oublieront jamais…
- Il nous manque déjà
Autres outils :
- les moyens engagés avec des reportages un peu partout en France, un direct, devant son domicile… rien de mieux qu’un direct pour marquer le coup, et rien de plus facile
- Et les sempiternels micro-trottoirs, d’après mon estimation très personnelle d’ici 15 ans tous les Français (enfin ceux qui font les marchés et qui vont au bar auront montré leur bobine dans un journal de TF1).
Le pire dans tout cela c’est que tout ceci crève l’écran et les yeux de ceux qui le regardent. Pas de mystère, le 13.00 de TF1 est un JT qui vous parle de… vous ou plutôt de l’idée qu’on se fait de vous à la direction de TF1. Elle n’est pas brillante.
Ph.Mt.
