Dans “Foodie Love” série actuellement sur Arte, Isabel Coixet explore d’une façon particulièrement intelligente, et savoureuse, la naissance d’un couple

Guillermo Pfening
Cette série m’avait complètement échappé. Produite par HBO Europe en 2019, “Foodie Love” est ressortie sur Arte. Et quel petit bijou d’intelligence. En tout huit épisodes réalisés par Isabel Coixet (Ma vie sans moi, The Secret Life of Words, The Bookshop).
On voit un couple se former devant nous avec, en arrière plan, une passion commune de la gastronomie (grande et petite). Et comment cette entité naissante ne pourrait pas ne pas nous parler ? On est pris à partie par leurs échanges, là où tout se fait, ou se défait, leurs doutes (à base de dialogue intérieur, d’adresses au quatrième mur). Tout ceci est très malin. Il se sont rencontrés sur un site, c’est à peine évoqué. En huit épisodes, on ne connaîtra pas plus leur nom. En tout cas la série s’ouvre sur leurs préparatifs avant leur rencontre dans un café de Barcelone. Et on peut en dire des choses sur l’autre, sur soi par rapport à l’autre et sur le café avec un zeste d’agrume. Cette passion pour la nourriture et les boissons sous-tend la série et la promesse du titre est tenue.
On voyage beaucoup, dans l’évolution des personnages bien sûr, mais aussi de Barcelone au Japon en passant par une balade en Occitanie et un voyage professionnel à Rome. Le prétexte à détailler, décortiquer ce plaisir de la vie qui nous est donné d’apprécier ce que nous mangeons.
L’attention marque un peu le pas dans les épisodes 6 et 7 qu’on a envie de zapper pour aller plus vite au très fort dénuement dont la tension est distillée à notre quasi insu tout au long de la série par de très belles et récurrentes images (désolé je ne pourrai vous en dire plus).
Pour le reste c’est aussi fin que la qualité des repas, qualité que l’on n’a pas de peine à imaginer. Les personnages principaux délicieusement servis par Laia Costa et Guillermo Pfening, les personnages secondaires (surtout dans la première partie de la série avec notamment une participation d’Agnès Jaoui), la photo, le montage, les trouvailles de mise en scène, la BO, bref on finit toutes les assiettes. On est rassasiés et on pense déjà déjà au prochain repas.
Et pour la petite histoire la série m’a permis de découvrir une citation de l’écrivaine espagnole Ana María Matute à laquelle je ne peux que souscrire : “Un gin-tonic te da una lucidez bárbara”, un gin-tonic procure une lucidité brutale (celle de regarder “Foodie Love” bien sûr.
Ph.Mt
