Guerre scolaire : merci Madame la ministre de l’Education !

A peine arrivée à la tête de l’Education nationale Amélie Oudéa-Castera a réussi à rallumer la guerre scolaire ! On croyait la chose entendue depuis les grandes manifestations pour l’école privée qui ont culminé en juin 1984 et qui ont enterré à la fois le projet de loi Savary1  et disons le tout net cette idée de la gauche qui, à peine trois ans plus tôt, avait mis à la tête de l’Etat un certain François Mitterrand. 

Retour sur les fait en trois points :

  1. Vendredi 12 janvier 2024, la ministre lors d’un déplacement avec le nouveau premier Ministre (et prochain fusible) est interrogée par une journaliste qui s’étonne du fait que ses enfants sont dans le privé (à Stanislas pour ne pas nommer véritable citadelle de l’enseignement catholique dont la devise ne laisse que peu de place à l’imprécision : « Français sans peur, chrétien sans reproche »). La ministre déplore dans un premier temps “l’attaque personnelle” avant de très maladroitement se défendre. Elle a constaté que dans la maternelle où elle avait scolarisé son fils ainé “la frustration de ces parents qui ont vu des paquets d’heures pas sérieusement remplacées”. “On en a eu marre comme des centaines de milliers de familles (…)” et alors là devinez quoi, coincidence incroyable, la famille habite rue Stanislas, donc direction “Stan” pour les bambins de la future ministre. Un “choix de proximité” comme elle l’a expliqué sans rire avant d’ajouter que ce qui est important pour elle, comme tout le monde d’ailleurs, c’est que les enfants soient “bien formés et en sécurité”.
  2. Dimanche 14 janvier, l’institutrice de la petite section de maternelle où se trouvait le fils de la ministre monte au créneau. Elle dit ne pas avoir été absente dans cette école Littré très côté du VIe arrondissement. Et d’ajouter que les absences étaient remplacées… On apprend aussi que la “carrière” dans le public des trois enfants Oudéa-Castera s’est limité à six mois en maternelle et n’a concerné que l’ainé. Enfin l’institutrice, aujourd’hui retraitée (les “faits” remontent à 2009) précise que le changement d’école était liée au fait que l’école Littré ne voulait pas “upgrader” le petit en moyenne section comme le demandaient les parents parce qu’elle ne considérait justement comme trop “petit”. On en est donc là, parole contre parole.  D’un côte une ministre qui n’hésitera jamais à se contredire et une enseignante retraitée qui n’hésite pas à monter au créneau ! Du coup la ministre est allée à la rencontre des instits de Littré sous les huées.
  3. Guerre scolaire ravivée. En France on a un système très particulier avec un enseignement public ET privé ce dernier étant (pour les établissements conventionnés qui représentent la grande majorité du genre) largement financé par l’Etat. Cela coûte 10 milliards d’euros par an avec des écoles primaires et secondaires privées dont 76% du budget est assuré par l’Etat. Et tout ça sans contrepartie dans le recrutement !!! Stanislas est effectivement un établissement qui a de très bons résultats avec 90% des élèves qui viennent de familles CSP+. Dans cette même école (de la maternelle aux classes prépa) sur 3736 élèves inscrits à la rentrée 2023, 5, oui cinq, sont des enfants de parents ouvriers ou sans activité professionnelle… La ministre qui a perdu toute légitimité en quelques jours a réussi le tour de force de relancer une guerre scolaire que l’on croyait bien enterrée…

 1 Il s’agissait notamment de créer un “grand service public unifié et laïc de l’éducation nationale” un projet qui… faisait partie des 110 propositions pour la France pour lesquelles une confortable majorité des Français l’avait porté à l’Elysée… mais les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent

Ph.Mt.


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