
Donald Trump a-t-il remporté l’élection ? La réponse n’est finalement pas si évidente si l’on considère les chiffres de ce que l’on appelle le “vote populaire”. On le sait, le système électoral pour la présidence américaine est assez particulier avec les grands électeurs dont le nombre est relatif à la population des états. Mais pas de proportionnelle pour autant. “The winner takes it all” et ce n’est pas qu’une chanson d’ABBA ! En clair, avec ce report des voix, un candidat peut se retrouver avec la majorité du vote populaire sans pour autant remporter les élections. Dans ce tableau que j’ai proposé aux étudiants de L2 Sciences politiques à l’université d’Avignon on voit bien qu’en 2016 Hillary Clinton avec pourtant trois millions de voix d’avance sur Trump avait perdu. La même mésaventure était arrivée à Al Gore en 2000 contre George W. Bush.

Seulement voilà lors de ces dernières élections la logique a été respectée. Trump l’a emporté à la fois dans le vote populaire et dans le collège électoral (sans parler du Sénat, de la Chambre des représentants et de la Cour suprême). Mais regardons d’un peu plus près les résultats. Au risque de faire mentir le titre, Trump 2024 fait mieux que Trump 2020 avec trois millions de voix supplémentaires. Mais c’est surtout Kamala Harris qui s’est pris une claque avec 75 millions de votes soit 6 millions de voix de moins que Joe Biden quatre ans auparavant. Joe, ce père qu’elle n’a pas assassiné. Comme si elle n’avait pas lu le manuel du parfait candidat où l’on trouve en exergue : la nécessité de parricide… Pas si sûr que cela que ses qualités de femme noire, l’aient autant handicapé. C’est vrai qu’elle est partie tard, et ce n’était pas de son fait. Mais elle aurait pu se différencier de son mentor, s’éloigner voire, je sais ce n’est pas beau, l’attaquer. C’est sûr qu’après cela les relations auraient été… compliquées à la Maison Blanche mais ces vénérables murs en ont vu et en verront d’autres. Probablement très prochainement.
De quelle Amérique parle-t-on ?
Autre enseignement, ce qui est étonnant dans ces résultats c’est l’ancrage de Trump (qu’il perde ou non). Ou plutôt l’ancrage d’une certaine Amérique. Quand je dis “certaine” c’est qu’en fait on manque de certitudes partagées. Et ses partisans n’échappent pas à la règle quand on leur demande de quelle Amérique ils parlent quand ils défendent la bannière de ralliement “Make America Great Again”. Les avis sont très divers : l’Amérique des pères fondateurs ? Celle de Reagan ? Celle du “c’était mieux avant” en tout cas ! Cet avant paradis perdu qui glisse dans le passé rêvé alors que ses thuriféraires prennent de l’âge… C’est finalement ce qui est passionnant (ce n’est pas forcément une valeur) dans cette élection c’est le flou total. Et personne n’échappe à ces lignes brouillées. Je me souviens d’une Une de l’Express sur Macron (première campagne présidentielle) qui titrait “Le Flou en marche”… (PHOTO) mais revenons à Trump. Il maîtrise ça à la perfection. Il faut défendre le marché intérieur ? On va taxer les importations ! Est-ce que cela va avoir un impact sur l’inflation ? No ! Et finalement oui il l’a même reconnu mais c’était après avoir été élu. Et qu’est ce qui a empêché alors Kamala Harris de prendre un tableau noir et d’expliquer aux Américains craie à l’appui qu’en suivant les règles de Trump l’inflation pourrait connaître une hausse de 2,6% ?
Toute l’Amérique démocrate (et au delà) a en revanche beaucoup ri de la sortie de Trump lors du seul débat entre les deux candidats. Il a alors dit que les immigrés, à Springfield, mangeaient les chiens et les chats, “les animaux de compagnie des gens qui vivent là bas” (et oui c’est ça la réthorique trumpienne). Là pour le coup ce n’était pas flou. Et pas si fou que ça. On peut supposer que Trump n’y croit pas lui même et que si une toute petite partie de son électorat le croit vraiment, ce qui est important, pour lui, c’est que tout le monde comprenne bien qu’il pense que les gens pensent qu’il y a trop d’immigrés (en l’espèces des Haïtiens) à Springfield et ailleurs et… ça marche.
La raison semble avoir bel et bien perdu la bataille. Surtout quand personne ne la défend vraiment…
Ph.Mt.
