L’émotion et la justice font rarement fait bon ménage. Et si on rajoute à cela la récupération politique… Explications :

A peine nommé à la tête du ministère de la Justice après une courte retraite de 3 mois qui a succédé à son portefeuille de ministre de l’Intérieur (marqué par des déboires judiciaires dans le cadre de plaintes pour viol pour lesquelles ont été décidés des non-lieux), Gérald Darmanin se présente sur le plateau de TF1 ce jeudi soir (26 décembre 2024) où il est venu donner un tour de vis judiciaire et pénitentiaire. Parmi ses propositions celle-ci : prolonger de 48h à 72h les gardes à vue dans le cadre de dossiers de violences faites aux femmes. Et d’ajouter que cela permettrait de “mettre en protection la femme qui a été menacée, violentée et agressée […] de faire les constatations et d’interroger plus longuement la personne”. Difficile de ne pas voir derrière cette annonce les effets de l’affaire Pélicot, affaire hors norme en terme de modus operandi, de nombre d’actes criminels, de prévenus (et par conséquent de condamnés) et de couverture médiatique.
Mais je vois déjà des boucliers qui se lèvent. Alors est-ce que cette mesure est intrinsèquement mauvaise ? Non. Est-ce qu’elle est utile ? C’est bien le débat. Cette proposition apportée sur le plateau de TF1 sent le bricolage dans l’urgence (après tout cela ne fait que 3 jours qu’il est en poste…). En tout cas elle est beaucoup plus facile que la mise en place et le renforcement des structures d’accueil pour, et je reprends ses termes “mettre en protection la femme qui a été menacée, violentée et agressée” et je rajoute : et les enfants. Mais ça ce n’est pas directement “payant”, ça ne se voit pas. L’arsenal judiciaire est pourtant là. Encore faudrait-il pouvoir le faire respecter. Notamment les mesures d’éloignement, les obligations de soin… Au delà des faits qu’il faut évidemment réprimander ce sont les récidives contre lesquelles il convient de lutter. L’arsenal juridique est bien présent comme on peut le voir ici. Reste à savoir quels moyens ont été mis en place pour le faire respecter…
On a enregistré en 2023 les plaintes de 83 456 victimes de crimes et délits à caractère sexuel. Il existe en France 10 000 places d’hébergement. Ceci dit on peut aussi se poser la question de l’hébergement contraint des auteurs des faits en mesure d’urgences. Après tout pourquoi ce serait à la victime et aux enfants de devoir se déplacer en quittant le domicile conjugal ? L’affaire Pélicot a suscité une énorme couverture médiatique dans laquelle je n’ai vu que très peu d’analyse. C’est facile de faire de l’émotion avec les débats d’un procès. Chroniqueur judiciaire pendant presque une dizaine d’années j’ai bien vu ce que l’on peut tirer de ce théâtre procédurier (et pourtant un des piliers de notre démocratie. Ce déroulé procédural non plus n’a pas été très “expliqué” aux nombreuses personnes qui n’ont jamais suivi un procès d’assises du début à la fin et qui se sont pourtant permis de faire d’étranges commentaires notamment sur les éléments soulevés par les avocats de la défense qui…ne faisaient que leur travail, mais ça c’est une autre histoire.
Ph.Mt.
