Le dernier opus de Paul Thomas Anderson renverse la table du cinéma et de cette Amérique trumpienne (sans pour autant citer le 57e président des Etats-Unis d’Amérique). Personnages complexes et parfois burlesques, hommages en tout genre, caméra survoltée…du grand cinéma
Paul Thomas Anderson est un grand cinéaste. Un très grand. Sa filmographie vient de s’enrichir d’un opus irréprochable “Une bataille après l’autre” One Battle After Another.
Le film s’articule autour de deux périodes distantes d’une quinzaine d’années l’une de l’autre. Les personnages principaux sont des activistes d’extrême gauche qui se reconnaissent dans le groupe révolutionnaire les “French 75”. Il est question de résistance au pouvoir, aux politiques migratoires, aux centres de rétention, aux banques, aux réseaux électriques. On aura compris le lien entre ces “French 75” et la “French résistance”. Une petite nuance toutefois, et un hommage, rendu par le réalisateur au film “La bataille d’Alger” de Gilo Pontecorvo que le personnage principal, Bob Ferguson (Leonardo DiCaprio) regarde chez lui.

Ce Bob Ferguson est le père d’une famille dysfonctionnelle (thème cher à Anderson). Il élève seul et à l’écart du monde une adolescente de 16 ans abandonnée par sa mère Perfidia Beverly (Teyana Taylor) elle aussi révolutionnaire enragée, mais retournée par le Colonel Lockjaw (Sean Penn) devenu littéralement obsédé par elle. Car ce pourfendeur de révolutionnaires qui ne rêve que de rejoindre les blancs suprémacistes des “Aventuriers de Noël” nourrissait une passion pour Perfidia et, 16 ans plus tard, il veut faire disparaître les preuves de cette passion.

Je n’en dis pas plus, le but n’étant pas ici de raconter le film mais de dire ce que j’en ai pensé. Que du bien. Vous l’aurez compris. Le réalisateur poursuit dans sa veine de décryptage d’une société américaine qui est la sienne, avec ses outils à base de loufoquerie, de bande son qui n’ont rien à envier à d’autres, de personnages complexes et d’intrigues rebondissantes. Sans parler des références au cinéma américain à base d’une incroyable course poursuite en muscle cars où il arrive à nous mettre dans la peau de l’adolescente en fuite aussi vulnérable que déterminée… Le cinéaste confirme ici ce qui faisait déjà la force de ses précédents films, mais évite l’écueil du manichéisme qui, selon moi, avait desservi Eddington.
Petit détail technique qui a son importance, le film été tourné en VistaVision, un très grand format créé dans les années 50 pour lutter contre la télévision naissante. Enfin, le scénario (signé Paul Thomas Anderson) a été librement inspiré du roman “Vineland” de Thomas Pynchon, centré autour du déclin de la culture hippie en Californie dans les années 60 et 80.
On ressort de la salle avec cette réplique de Bob, ex-insurgé contraint de reprendre les armes, qui résonne comme un écho à notre époque : “Freedom is a funny thing, isn’t it? When you have it, you don’t appreciate it, and when you miss it, it’s gone.” Une phrase qui résume à elle seule la puissance et l’actualité de ce film.
À voir absolument.
Ph.Mt
