Avignon : quand la “démarche participative” s’inscrit dans le temps long

Une nouvelle rubrique sur le site, ouverte à la faveur d’une de ces petites infos locales (une fresque sous un pont ferroviaire). Pas de quoi en écrire des romans, sauf si on se souvient d’une soirée électorale.. en 2013 (petit jeu à la clé : relever des éléments de langage

Et puis cette petite news dans la presse locale avignonnaise cette semaine (du coup j’ai créé sur “en toute mauvaise foi” une nouvelle rubrique qui s’intitule “Hyper local” après tout les municipales arrivent).

Attention : éléments de langage à venir, je voulais vous aider à les repérer en les mettant en gras mais je trouve que c’est mieux si vous les relevez vous même en commentaires. 

La municipalité dirigée par Cécile Helle qui termine son second et donc dernier mandat, vient de lancer le projet d’une grande fresque 72m de long sur 2,5 de haut (c’est précis) sous un long pont ferroviaire. Objectif annoncé : “revitaliser” ce tunnel1. Le débat est lancé : dans quelle mesure une fresque peut-elle “revitaliser” plus qu’un éclairage, des passages protégés, un nettoyage du site… Tout ceci prend forme dans le cadre d’un “budget participatif”. La ville en profite pour lancer un AMI, un Appel à manifestation d’intérêt, ouvert aux artistes urbains, collectifs et structures culturelles (là on n’a oublié personne). Mais ce n’est pas tout, comme on peut le lire sur le site municipal : “bien que les habitant.e.s (oui c’est une municipalité de gauche et le remarquer ici ne rend pas pour autant son auteur comme un journaliste de droite) ne participent pas directement à sa réalisation, ils seront associés à la réflexion à travers des ateliers de découverte du street art et des temps d’échanges”. C’est fou comme les “discussions” sont devenues des “temps d’échanges”. La sémantique participative a ses codes. 

Les critères de sélection de l’appel à projet sont : 

  • la qualité artistique 40 points (c’est bien de le préciser), 
  • l’implication sociale et participative (30 points) 
  • la clarté de la présentation de la méthose (sic) et du budget prévu (30 points). 

Le seul élément non dit dans l’appel à candidature c’est le budget : 30 000 euros. 

Novembre 2013, Aurélie Filippetti venue soutenir Cécile Helle

Je vous l’avais dit c’est de l’hyper local. Mais cela m’a rappelé un épisode de la campagne des municipales il y 12 ans de cela. Fin 2013, Cécile Helle lance la campagne elle profite de la présence en ville de la ministre de l’époque de la Culture Aurélie Filipetti. Tout ce petit monde se presse dans le Grenier à sel. La candidate présente la culture comme un cheval de bataille (normal on est à Avignon). Ceci dit la ministre avait alors souligné le paradoxe (trop de culture l’été et pas assez l’hiver) peu de choses ont changé depuis. Les discours étaient de circonstance, même si la candidate socialiste n’était pas vraiment à l’aise… mais on a pu entendre “impulsion politique” “mobilisation citoyenne”. Et puisqu’on parlait de culture il a bien fallu donner des exemples de réalisations. Il n’y en a eu qu’un : confier les tunnels ferroviaires qui relient difficilement l’intra et l’extra muros à des artistes pour qu’ils y fassent des fresques. Et c’est tout. Il était alors intéressant d’observer le visage de la ministre qui a dû se dire alors “mais Paris m’a envoyé pour ça !”. Mais voici que sa stupeur difficilement masquée a enfin trouvé une concrétisation. Une bonne décennie plus tard.

La fresque se fera. Elle sera inaugurée. Petits fours pillés. En présence des artistes, des collectifs, des élus. On parlera de “vivre ensemble”, à n’en pas douter. Et tout le monde retournera à sa vie et à ses différences. Fresque ou pas.

Ph.Mt. 

  1. Note pour les étrangers : les “remparts” de la voie ferrée au sud de la ville séparent deux mondes (l’intra et l’extramuros) en quelques centaines de mètres ↩︎


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